Le luxe abordable, mais à quel prix ?
Les constructeurs chinois ne se contentent plus de jouer les trouble-fête sur le marché européen. Ils entendent désormais s’y installer durablement, et surtout à tous les étages. Sous l’égide du géant Chery, Omoda mène ainsi une offensive éclair, avec une gamme qui s’étoffe rapidement et dont ce numéro 9 constitue le nouveau porte-drapeau. Un SUV hybride rechargeable de 537 ch, capable de parcourir 145 km en électrique, richement équipé et vendu moins de 50 000 €. Sur le papier, l’addition paraît presque trop belle pour être vraie. Reste à savoir si les prestations suivent, et si une marque encore inconnue du grand public peut réellement prétendre jouer dans la cour des grands.
Car l’Omoda 9 ne manque pas d’ambition, ni d’inspiration. Avec ses 4,78 m de long, sa silhouette de SUV coupé et sa poupe plongeante, difficile de ne pas lui trouver quelques airs de Porsche Cayenne Coupé. À l’avant, c’est plutôt du côté de Lexus que les designers semblent avoir puisé leurs idées. Rien de très original, donc, mais l’ensemble fonctionne plutôt bien et présente même une certaine prestance. À bord, la surprise est plus grande encore. Si la présentation rappelle quelques productions allemandes, la qualité perçue n’a rien d’une imitation au rabais. Matériaux valorisants, assemblages soignés, sellerie en cuir et pavillon habillé de suédine : Omoda a manifestement compris qu’il ne suffisait plus d’aligner les écrans pour convaincre. Et question équipement, le chinois ne fait pas dans la demi-mesure. Sièges électriques, chauffants, ventilés et massants, toit panoramique, affichage tête haute à réalité augmentée, installation audio à 14 haut-parleurs : difficile de réclamer davantage. Le tout est livré de série, puisque la gamme se résume à une unique version Premium. L’habitabilité est généreuse et le coffre revendique 660 litres, même si sa faible hauteur sous tablette invite à relativiser ce chiffre. Dommage surtout qu’un SUV de ce gabarit ne propose que cinq places, quand plusieurs concurrents européens offrent une troisième rangée. L’ergonomie n’est pas non plus irréprochable. Les écrans sont réactifs, mais l’organisation des menus et certaines commandes réclament encore trop d’attention. Un travers désormais familier des productions chinoises.
Tout en douceur
Sous le capot, Omoda sort l’artillerie lourde. Son système hybride rechargeable SHS-P associe un quatre-cylindres 1.5 turbo essence de 143 ch à trois moteurs électriques, deux à l’avant et un à l’arrière, pour une puissance cumulée de 537 ch et une transmission intégrale. Une architecture sophistiquée, alimentée par une imposante batterie de 34,46 kWh. De quoi annoncer 145 km d’autonomie électrique et un 0 à 100 km/h expédié en 4,9 secondes. La recharge rapide en courant continu, jusqu’à 65 kW annoncés, permet également de récupérer de l’autonomie sans immobiliser le véhicule pendant des heures. Des caractéristiques qui feraient presque passer certains SUV premium européens pour des propositions timides. Heureusement, cette débauche technologique sait se faire oublier sur la route. Les transitions entre les différentes sources d’énergie sont particulièrement discrètes et le quatre-cylindres ne vient que rarement troubler la quiétude de l’habitacle. L’insonorisation est soignée et les accélérations franches, même si les sensations peinent à traduire les 537 ch annoncés. La poussée est davantage linéaire que spectaculaire, avec parfois un léger temps de réponse à la sollicitation de l’accélérateur. Mais difficile de reprocher à ce mastodonte de 2,27 tonnes de manquer de ressources. L’autonomie électrique constitue un autre argument sérieux : les 145 km homologués ne relèvent pas de la simple promesse marketing, les premiers essais ayant permis de dépasser 100 km sans réveiller le moteur thermique.
C’est finalement du côté du châssis que l’Omoda 9 montre ses limites. Sa suspension pilotée, pourtant prometteuse sur le papier, manque singulièrement de finesse dans ses réglages. En mode Confort, l’amortissement se révèle trop permissif, laissant la caisse multiplier les mouvements parasites. Le train arrière, notamment, se distingue par d’importants mouvements verticaux au passage des ralentisseurs, au point de mettre à l’épreuve les estomacs les plus sensibles. Le mode Sport raffermit sensiblement l’ensemble, sans pour autant résoudre le problème. Sur les chaussées dégradées, le comportement devient parfois brouillon, notamment en appui, et la direction peine à transmettre des informations suffisamment précises pour mettre pleinement en confiance. Attention, l’Omoda 9 n’est pas une voiture dangereuse ou fondamentalement mal conçue. Sa tenue de route demeure saine et ses performances largement suffisantes. Mais il existe un décalage entre la sécurité réelle de l’engin et les sensations qu’il renvoie à son conducteur. Là où les références européennes savent conjuguer confort, maîtrise des mouvements de caisse et précision de conduite, le chinois donne parfois l’impression de manquer de mise au point. Un défaut d’autant plus regrettable que son excellente insonorisation et la douceur de sa motorisation en font, par ailleurs, un agréable compagnon sur les longs trajets.
Positionnement imbattable, encore une fois
Reste son argument le plus convaincant : le prix. À 49 990 €, l’Omoda 9 propose une combinaison de puissance, d’autonomie électrique, de finition et d’équipements que bien peu de concurrents peuvent approcher. Le malus au poids, supérieur à 10 000 € selon la situation fiscale, vient certes tempérer l’enthousiasme, mais ne suffit pas à effacer son avantage tarifaire. Le véritable obstacle se situe peut-être ailleurs. À ce niveau de gamme, l’image de marque, la confiance dans le réseau et la valeur de revente comptent presque autant que les qualités intrinsèques du produit. Et sur ces terrains, Omoda doit encore faire ses preuves. Cette première incursion dans le haut de gamme n’en demeure pas moins impressionnante. Le constructeur chinois démontre qu’il maîtrise déjà une bonne partie des codes du luxe automobile, sans encore posséder tout le savoir-faire nécessaire pour en reproduire l’agrément de conduite. Son avenir européen se jouera probablement davantage avec les modèles plus accessibles qui viendront élargir sa gamme et installer progressivement son nom dans le paysage. Mais avec ce numéro 9, Omoda pose déjà une question embarrassante à la concurrence : combien de temps pourra-t-elle encore justifier de tels écarts de prix ?


















