Le confort en maître
Un best-seller qui n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot, puisqu’il poursuit sa carrière en hybride rechargeable après un nouveau restylage. Son pendant électrique, lui, porte une bonne partie des ambitions futures de la marque. Et pour convaincre, Volvo n’a manifestement pas lésiné sur les moyens.
D’abord, il y a le style. Avec ses 4,80 m de long, l’EX60 dépasse son cousin thermique d’une dizaine de centimètres, mais conserve cette silhouette immédiatement identifiable. Le dessin évolue sans véritable rupture, avec des surfaces plus lisses, une face avant épurée et quelques détails aérodynamiques, à l’image des poignées de porte remplacées par de discrètes ailettes au pied des vitres. Une certaine retenue qui ne manque pas de charme, même si l’ancien XC60 n’a pas grand-chose à lui envier sur ce terrain. Après tout, pourquoi bouleverser une identité qui a si bien vieilli ? À bord, Volvo pousse encore un peu plus loin son interprétation du luxe scandinave. Teintes claires, matériaux chaleureux, planche de bord très dépouillée et spectaculaire enceinte Bowers & Wilkins trônant à son sommet : l’ambiance cultive une élégance discrète, presque domestique. Mais cette quête de simplicité laisse aussi une curieuse impression de vide. La planche de bord, très verticale, semble construite autour de son grand écran flottant de 15 pouces, tandis que les commandes physiques ont pratiquement disparu. La qualité d’assemblage reste sérieuse, mais certains matériaux et détails de présentation ne retrouvent pas tout à fait le raffinement des Volvo d’autrefois. Une tendance malheureusement devenue commune à une bonne partie de l’industrie.
Une concurrence féroce
Face à lui, les nouveaux BMW iX3 et Mercedes GLC électrique jouent une partition radicalement différente, multipliant les surfaces numériques, les éclairages d’ambiance et les effets spectaculaires. Le Volvo paraît presque austère en comparaison. Une affaire de goût, assurément, mais aussi de philosophie. L’ergonomie progresse heureusement par rapport aux EX30 et EX90, avec une interface plus fluide, mieux organisée et des raccourcis plus accessibles. Reste que presque tout passe encore par l’écran, jusqu’au réglage des rétroviseurs ou à l’orientation des aérateurs. À force de vouloir simplifier l’habitacle, les constructeurs finissent parfois par compliquer la vie du conducteur. Sous cette présentation minimaliste se cache pourtant une véritable démonstration technologique. L’EX60 inaugure la plateforme SPA3, développée autour d’une architecture électrique 800 volts et d’une conception optimisée pour limiter le poids et améliorer l’efficience. Trois motorisations composent la gamme, de 374 à 680 ch. Notre P10 AWD intermédiaire associe deux moteurs électriques développant 510 ch et 710 Nm, alimentés par une batterie de 95 kWh bruts, dont 91 kWh utiles. Volvo annonce jusqu’à 660 km d’autonomie et une puissance de recharge culminant à 370 kW en courant continu, permettant de passer de 10 à 80 % en seulement 16 minutes dans des conditions idéales. De quoi regarder sans complexe les références allemandes, y compris le BMW iX3, particulièrement affûté sur le terrain de la recharge.
Et ce n’est pas seulement sur la fiche technique que le suédois impressionne. Sur la route, l’EX60 pourrait bien avoir trouvé son meilleur argument commercial : le confort. Un domaine dans lequel il prend, à nos yeux, une longueur d’avance considérable sur ses deux rivaux allemands. Notre version équipée d’un amortissement passif offre un compromis remarquable entre douceur et rigueur. Les irrégularités disparaissent sous les roues avec une facilité déconcertante, sans jamais provoquer ces mouvements de caisse parasites qui accompagnent parfois les suspensions trop conciliantes. Ajoutez une insonorisation particulièrement poussée, notamment grâce aux vitrages feuilletés de la finition Ultra, et vous obtenez une ambiance de voyage d’un raffinement rare. À ce niveau, le Volvo fait tout simplement figure de référence. Pour autant, le confort n’a pas été obtenu au détriment du comportement routier. Avec ses 510 ch et 710 Nm, notre P10 ne manque évidemment pas de répondant : le 0 à 100 km/h est expédié en 4,6 secondes, avec des reprises particulièrement vigoureuses. Mais l’intérêt est ailleurs. Malgré son poids conséquent, l’EX60 conserve un excellent maintien de caisse, une direction précise et un train avant qui répond franchement aux sollicitations. Il ne cherche jamais à singer un SUV sportif, mais se montre remarquablement homogène, y compris lorsque le rythme augmente. La transmission intégrale permet d’exploiter cette puissance sans malmener les trains roulants. On pouvait craindre un gros SUV électrique un peu pataud, tout entier dévoué à la douceur. C’est finalement l’une des mises au point les plus convaincantes du segment.
L’efficience semble également au rendez-vous, même si le bilan reste à confirmer sur un parcours plus représentatif. Mais les 18 kWh/100 km relevés lors de notre essai mené à bon train sont encourageants, sans toutefois promettre systématiquement les 660 km homologués. Le planificateur d’itinéraire intégré à Google Maps et le chargeur embarqué de 22 kW complètent une panoplie particulièrement sérieuse pour les longs voyages. Volvo semble avoir compris que, dans cette catégorie, la polyvalence électrique n’est plus un argument secondaire, mais une condition indispensable pour convaincre les derniers hésitants.
Bien positionné en prix
L’EX60 soigne également ses talents de familiale. Son empattement proche de trois mètres libère un espace généreux aux jambes à l’arrière, tandis que l’absence de tunnel central facilite l’accueil d’un troisième passager. Le coffre offre 523 litres, auxquels s’ajoutent 63 litres sous le plancher et un compartiment supplémentaire d’une cinquantaine de litres sous le capot avant. Les rangements sont nombreux, la banquette confortable et les aspects pratiques suffisamment travaillés pour envisager sereinement les départs en vacances. À défaut d’être le plus spectaculaire de ses concurrents, le Volvo pourrait bien être le plus agréable à vivre au quotidien. Reste évidemment la question du prix. La gamme débute à 66 500 € en P6 Plus, tandis que notre P10 AWD Ultra s’affiche à 76 400 €. Une somme importante dans l’absolu, mais finalement bien placée face aux BMW iX3 et Mercedes GLC électrique, surtout à équipement comparable. Car la finition Ultra ne lésine pas sur les attentions, avec sa remarquable installation audio Bowers & Wilkins à 28 haut-parleurs, ses vitrages acoustiques, son toit panoramique opacifiant ou encore ses nombreuses assistances. Face à des rivaux allemands qui peuvent rapidement faire grimper la facture avec leurs options, le suédois défend une proposition particulièrement cohérente. Avec l’EX60, Volvo semble avoir trouvé une formule remarquablement aboutie. Sans chercher à impressionner par une débauche d’effets visuels ou une sportivité artificielle, le constructeur privilégie ce qui compte réellement au volant : le confort, le silence, la sérénité et une excellente maîtrise du comportement routier. Son habitacle très dépouillé ne fera pas l’unanimité, pas plus que son ergonomie encore trop dépendante du tactile. Mais pour qui adhère à cette nouvelle conception du luxe scandinave, difficile de lui trouver de véritables défauts. Face à une concurrence allemande particulièrement ambitieuse, Volvo ne se contente plus de suivre le mouvement. Sur certains terrains, il pourrait bien avoir pris les devants.
























