Les familles vont l’adorer, la concurrence beaucoup moins
À force de voir débarquer de nouveaux constructeurs chinois, on finirait presque par s’habituer à leurs tarifs agressifs. Mais certains modèles parviennent encore à surprendre. Prenez ce Chery Tiggo 8 : un grand SUV familial de 4,73 m, sept places, une motorisation hybride rechargeable de 279 ch et une dotation digne de modèles autrement plus huppés. Le tout pour 38 990 €. À ce prix, difficile de ne pas penser immédiatement aux Peugeot 5008, Skoda Kodiaq et autres Kia Sorento, qui réclament généralement plusieurs milliers d’euros supplémentaires. Reste à savoir si cette générosité tarifaire cache de sérieux compromis. Inconnue ou presque en France, Chery n’a pourtant rien d’un débutant. Le constructeur chinois, fondé en 1997, commercialise ses véhicules dans plus de 130 pays et possède déjà quelques relais chez nous à travers les marques Omoda et Jaecoo, appartenant au même groupe. Avec le Tiggo 8, il attaque désormais le marché sous son propre nom, en visant directement les familles à la recherche d’espace et de polyvalence.
Esthétiquement, ce grand SUV ne cherche pas particulièrement à bousculer les codes. Ses proportions classiques, son imposante calandre et ses lignes consensuelles lui donnent une allure statutaire, à défaut d’être véritablement originale. Une certaine sobriété qui se retrouve à bord, malgré une présentation résolument moderne. L’instrumentation numérique de 10,25 pouces accompagne un grand écran central de 15,6 pouces, au cœur d’une planche de bord épurée. L’ergonomie, souvent problématique sur les productions chinoises, s’avère ici plutôt bien pensée, même si certaines fonctions passent inévitablement par l’interface tactile. Quant à la qualité perçue, elle réserve une bonne surprise : matériaux convenables, assemblages sérieux et présentation soignée. Rien qui donne l’impression d’avoir sacrifié l’essentiel sur l’autel du prix.
Un véritable salon familial
Mais c’est surtout en matière d’habitabilité que le Tiggo 8 marque des points. Avec ses 4,73 m de long et ses trois rangées de sièges, il offre un espace particulièrement généreux, notamment aux places arrière. Les occupants de la deuxième rangée profitent de belles réserves pour leurs jambes, tandis que les deux sièges supplémentaires permettent d’embarquer ponctuellement sept personnes. Comme souvent dans cette catégorie, les dernières places conviendront davantage à des enfants qu’à de grands adultes. En configuration cinq places, le coffre annonce pas moins de 889 litres, une valeur particulièrement flatteuse qui devrait satisfaire les familles les plus chargées. Et lorsque les sièges sont rabattus, le volume peut atteindre 1 930 litres. De quoi envisager les départs en vacances sans trop se soucier du nombre de valises. Surtout, Chery n’a pas oublié de soigner ses passagers. Toit panoramique, sièges avant chauffants et ventilés, volant chauffant, affichage tête haute, système audio Sony à douze haut-parleurs ou encore fonction massage pour le passager avant : tout est compris dans l’unique finition proposée. Une politique commerciale qui tranche avec les interminables catalogues d’options de certains concurrents européens.
Une mécanique connue, davantage taillée pour l’économie
Sous le capot, le Tiggo 8 reprend une technologie hybride rechargeable déjà rencontrée sur les Jaecoo 7 et Omoda 7. Elle associe un quatre-cylindres 1,5 litre turbo essence de 143 ch à un moteur électrique de 204 ch, pour une puissance cumulée annoncée de 279 ch et 365 Nm de couple. L’ensemble entraîne les roues avant par l’intermédiaire d’une transmission hybride dédiée, baptisée DHT.
Une fiche technique prometteuse, même si les sensations ne sont pas tout à fait à la hauteur des chiffres. Avec près de deux tonnes sur la balance, le Tiggo 8 ne possède rien d’un SUV particulièrement véloce. Les accélérations sont suffisantes, les reprises permettent de dépasser sereinement, mais les 279 ch ne se manifestent jamais avec une vigueur débordante. Une impression déjà rencontrée sur les autres modèles du groupe utilisant cette technologie. D’ailleurs, le 0 à 100 km/h annoncé en 9 secondes remet les choses en perspective.
Il faut dire que cette mécanique privilégie davantage l’efficience que les performances. Sa batterie de 18,4 kWh promet jusqu’à 90 km d’autonomie électrique selon le cycle WLTP. Dans les faits, nous avons plutôt approché les 70 km, ce qui demeure une excellente valeur pour un SUV familial de ce gabarit. De quoi couvrir les trajets quotidiens de nombreux automobilistes sans consommer une goutte d’essence, à condition naturellement de recharger régulièrement. Autre particularité appréciable, le Tiggo 8 accepte la recharge rapide en courant continu jusqu’à 40 kW, permettant théoriquement de passer de 30 à 80 % de batterie en une vingtaine de minutes. Une fonctionnalité encore loin d’être systématique sur les hybrides rechargeables, même si son intérêt reste secondaire face à une recharge quotidienne à domicile.
Le confort avant tout
Au volant, le Tiggo 8 ne cherche pas à dissimuler ses ambitions familiales. La suspension privilégie franchement la souplesse, avec un amortissement particulièrement conciliant sur les irrégularités. Ajoutez une insonorisation soignée et une position de conduite dominante, et vous obtenez un excellent compagnon pour avaler les kilomètres dans la sérénité. Évidemment, cette philosophie possède ses contreparties. La direction, légère et peu communicative, ne transmet pas grand-chose de la route, tandis que le comportement manque singulièrement de dynamisme. Le poids se rappelle au bon souvenir du conducteur et les mouvements de caisse invitent davantage à adopter une conduite coulée qu’à hausser le rythme dans les virages. Mais rien de véritablement inquiétant : le Tiggo 8 demeure sain, prévisible et suffisamment efficace pour remplir sa mission. Simplement, ceux qui recherchent du plaisir de conduite devront regarder ailleurs. Et finalement, pourquoi lui en demander davantage ? Une familiale de sept places doit avant tout transporter confortablement ses occupants et leurs bagages, tout en leur offrant une mécanique adaptée aux usages du quotidien. Sur ces différents points, le Chery s’en sort avec les honneurs. Reste évidemment la question de la réputation, du réseau après-vente et de la valeur résiduelle, sur lesquels le constructeur devra encore faire ses preuves en France. La garantie de sept ans ou 150 000 km constitue déjà un argument rassurant, sans pour autant effacer toutes les interrogations. Mais pour 38 990 €, difficile de trouver grand-chose à redire à ce Tiggo 8. Spacieux, confortable, correctement fabriqué, généreusement équipé et capable d’assurer une bonne partie des trajets quotidiens en électrique, il possède toutes les qualités attendues d’un grand SUV familial. Il ne procure aucune émotion particulière au volant ? Sans doute. Mais à ce prix, ses concurrents auront bien du mal à convaincre les familles de payer davantage pour en obtenir autant.























